J'aime beaucoup une couverture sobre comme celle-ci. Il arrive assez souvent que je n'achète pas un livre qui, d'ailleurs, m'intéresse beaucoup parce que je trouve la couverture horrible. Ça arrive le plus souvent avec les polars!
Qu’est-ce que c’est?
Selon le page de titre, c’est une pièce-récit. L’écrivain est René-Daniel Dubois, et l’œuvre était publié en 2021.
C’est quoi ça, une pièce-récit?
Le livre est écrit comme une pièce de théâtre, mais il peut être lu comme un court roman. Franchement, j’ai de la misère à imaginer ce texte comme une pièce jouée dans un théâtre. C’est beaucoup trop long, je crois, et il y a juste trop de texte et pas suffisamment de conflit ou de suspense. Il serait vraiment plate, je pense, comme pièce de théâtre.
Et elle parle de quoi, cette pièce-récit sans conflit ni suspense?
Essentiellement, c’est l’histoire de cinq hommes gais (Mikael, Patrick, Stan, Tommy et Ben) qui, ensemble, constitue une espèce de généalogie de gars queer : Mikael a eu une relation avec Patrick, Patrick plus tard avec Stan, Stan ensuite avec Tommy, et maintenant Tommy a entrepris une relation avec Ben (qu’on ne voit pas sur scène) après la mort de Stan. Ces cinq hommes représentent plusieurs générations d’hommes québécois : Mikael est né en 1909 et était un héros de la deuxième guerre mondiale, tandis que l’action se passe en 2018, quand le jeune homme Tommy, à l’âge de 27, veut raconter un peu son passé à son nouveau chum Ben, qui a juste 22 ans. L’histoire de Tommy comprend une relation avec un homme marié, Stan, plus âgé que lui de 27 ans; et Stan, à son tour, a relaté à Tommy l’histoire de sa relation avec Patrick … et cetera.
C’est vaste, sur le plan temporel, ce livre.
Oui, ça crée un sentiment d’une tradition, comme si les amoureux d’aujourd’hui sont la continuation d’un phénomène intemporel : l’amour homosexuel.
J’imagine qu’on parle des vies homosexuelles d’autrefois, enfermées dans le placard, la lutte pour les droits dans les années 70, le fléau du sida . . . ?
Pas. Du. Tout.
Comment ça?
La marche vers l’égalité sur le plan légal ne fait pas partie de ce livre. Le sujet, c’est l’amour, pur et simple. Et, étant donné qu’on parle d’une pièce-récit sur les hommes gais, il faut préciser ici que le sujet n’est PAS les rapports sexuels entre hommes. Le sujet, c’est l’amour. Je dirais, même, qu’il s’agit d’une célébration de l’amour masculin. Chacun de ces hommes a vécu au moins un amour profond dans sa vie. Mais ces hommes gais n’ont pas l’habitude d’habiter avec leur amant, ni de se marier, ni d’avoir des enfants. Ils expérimentent l’amour, disons, pur. Chacun d’eux garde son indépendance, résiste à la tentation d’essayer une relation fusionnelle. Comme dit Tommy : « Pour moi … arriver à un point ou la personne qui t’aime et que toi tu aimes pense qu’elle peut parfaitement répondre à ta place aux questions personnelles, et même intimes, qui te sont adressées … c’est pas l’amour, Ben, c’est l’horreur. »
Mais s’il s’agit, dans ce livre, d’une série d’histoires d’amour profond et heureux … est-ce que c’est intéressant ?
OK, honnêtement, j’ai parfois trouvé le récit assez ennuyeux. Il est beaucoup plus difficile d’écrire sur le bonheur ; les individus contents sont moins intéressants que les misérables. Effectivement, une série d’histoires de coups de foudre peut s’avérer répétitif, et elle l’est. Il y a juste un seul sujet dans ce livre, et même s’il y a trois personnes qui parlent (Mikael est silencieux, et Ben n’est pas là), leurs points de vue sur les relations se ressemblent pas mal. Parfois on a l’impression que Dubois martèle sur le même clou à n’en finir jamais. MAIS … il y a quelque chose de remarquable dans sa représentation des vies gaies, cette insistance sur l’amour (le respect, l’affection, l’estime, le respect) plutôt que de se concentrer sur les histoires de cul, ce qui est la marque de commerce de l’art gai dans toutes ses manifestations (un bon exemple, dans la langue française, est ceci). Et c’est tellement sain, et beau, ce que Dubois dit dans ce livre.
Étoiles ?
Une étoile. Je n’ai pas trouvé la mise en scène très intéressante, et il y a des longueurs, mais … il y a quelque chose d’exceptionnel ici. Je ne peux pas dire que René-Daniel Dubois a trouvé une façon de rendre son sujet fascinant. Mais juste le fait d’avoir essayé de brosser le portrait de quelques générations d’hommes qui s’aiment, tout simplement, hors du cadre qu’on connaît (le Village, les bars gais, les apps, Fire Island, les défilés de la Fierté, et j’en passe), c’est précieux.

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